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L’échec un processus d’apprentissage

12 novembre 2018 - 18:10

L'échec, un processus d'apprentissage

Proposer d’apprendre à échouer va à l’opposé de l’idée véhiculée dans le sport où l’on propose souvent d’apprendre à gagner. Il ne s’agit pas de mettre tout en oeuvre pour échouer. Mais plutôt de réfléchir à l’échec en tant que processus d’apprentissage. 

Certaines approches ne sont pas réalistes. Proposer de fournir les « clés » pour réussir ne permet pas réellement de réfléchir sur soi. Cela amène souvent à appliquer des solutions venant de l’extérieur. Mais à force de vouloir apprendre à gagner, on oublie souvent d’apprendre au sportif à faire face à l’échec, qui est tout aussi important. Car « gagner » n’est qu’un résultat, une conséquence mais ne peut pas être un but en soi. On peut seulement prétendre mettre en place un certain nombre de paramètres qui augmentent les possibilités de réussir. Sans aucune certitude. 

Le problème est que l’acharnement sur la réussite peut parfois engendrer des effets contre-productifs où le sportif ne s’y retrouve pas. Il échoue et perd confiance en lui car il se réduit à son résultat et oublie que c’est le fruit d’un long processus d’apprentissage et d’expérience.

 

Ne pas s'identifier à l'échec

Ce qu’il se passe dans le sport est à l’image de la société: on préfère se focaliser sur la victoire plutôt que de comprendre la signification de l’échec. Il y a l’idée de performance à atteindre et le sport de haut niveau met en oeuvre des qualités mentales primordiales: pouvoir se dépasser, aller au bout de soi-même, faire fi de la douleur, combattre l’adversaire aussi bien que soi-même. Le sportif se perçoit trop souvent uniquement à travers sa performance. Il y a ceux qui se focalisent sur un résultat et ceux qui se focalisent sur le processus qui amène à ce résultat.

Il  doit pourtant faire face à une réalité cruelle: personne ne peut prétendre gagner en permanence. L’apprentissage est fait d’essais et d’erreurs (donc d’échecs).C’est même en faisant des erreurs que l’on arrive à trouver les bonnes sensations. Or, un déclic passe par une compréhension de ce qui n’a pas fonctionné, par un vécu qui oblige le sportif à se confronter à ses problèmes et d’avoir le désir de trouver des solutions pour y répondre.

Je remarque souvent que les jeunes sont particulièrement intolérants à l’échec. Tout erreur se transforme en frustration, puis en mauvais comportement. La réaction de l’entourage est aussi symptomatique: dès que l’enfant fait une erreur, l’entourage montre son mécontentement, son incompréhension. Le sportif se construit parfois avec l’idée que l’échec est inacceptable.

Les conséquences psychologiques sont donc qu’il a peur de se tromper, de faire des erreurs, ne profite pas réellement de l’entraînement pour s’améliorer, mais passe son temps à essayer de ne pas faire d’erreurs. En condition de compétition, cela développe des comportements de fuite, de stress et d’impossibilité de faire face aux enjeux de la compétition: Ils se concentrent sur le résultat, imaginent déjà ce que l’on va leur dire s’ils perdent et se font toute une montagne de l’échec.

Changer l'image de l'échec

Certains sportifs souffrent même du syndrome de l’échec, qui les met inconsciemment en situation d’échec permanent. Inconsciemment, ils échouent car ils ne veulent pas réellement être confrontés à l’échec. Ils s’en débarrassent. Ils ont une blessure à un moment stratégique. Ils perdent un match alors qu’ils menaient. Ils font de l’auto-sabotage pour ne pas être confronté à la réalité cruelle de se donner réellement tous les moyens de réussir, et d’échouer malgré tout. C’est une spirale infernale où plus on échoue, plus on perd confiance et plus le jugement est négatif.

Bien sûr l’échec peut être douloureux. Personne ne souhaite perdre. Mais quiconque a déjà traversé des phases d’échec se rend compte que cela l’a amené à modifier ses perspectives, à changer sa manière de s’entraîner et à se remettre en question pour évoluer. Ce sont souvent ces ajustements, au bon moment, qui peuvent être déterminants dans une carrière.

Pour apprendre de l’échec, il faut qu’il soit pris en compte dans sa dimension formatrice. Il doit être une occasion d’en apprendre plus sur soi-même. Obliger le sportif à être dans un processus de réflexion sur lui-même peut permettre à long terme de l’aider à gérer lui-même ses échecs. 

"Pour améliorer son taux de réussite, il faut multiplier son taux d'échec par deux"

En aucune manière, l’échec est à supprimer et à juger comme inacceptable et honteux. Il faut aussi changer l’image de celui qui échoue, car c’est un résultat brut et momentané. On peut échouer aujourd’hui et réussir demain. Les parents et les entraîneurs doivent aussi se confronter à cette réflexion et à leur vision négative de l’échec. Ils doivent se questionner sur ce à quoi renvoie l’échec de leur enfant.

En affrontant la compétition, comme une épreuve où la tentative est favorisée et où l’échec fait partie de l’apprentissage. A bien y réfléchir, il n’y a bien souvent aucun risque à échouer, à part peut-être le risque d’apprendre quelque chose qui fera partie de votre évolution. Et comme le dit le psychologue Tal Ben-Shahar « pour améliorer son taux de réussite, il faut multiplier son taux d’échec par deux ».

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